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Traditions et croyances

Les confréries soufies d’Afrique de l’Ouest

Qadiriyya, Tijaniyya, mouridisme : trois voies, trois fondateurs, trois dates, et le vocabulaire qu'elles ont donné au français des annonces.

Entrée du temple des pythons, à Ouidah au Bénin

Photographie : Ji-Elle, CC BY-SA 4.0

Une bonne part du vocabulaire employé en France vient de ces confréries. Les situer, c’est comprendre pourquoi le même mot y désigne un maître et ailleurs un devin.

Ce qu’est une tariqa

Ṭarīqa signifie « voie ». Une confrérie, c’est une chaîne de transmission : un fondateur, une suite de maîtres, une litanie propre — le wird — que le disciple reçoit et récite. Le lien entre le maître et le disciple est le cœur de l’affaire, et il se transmet souvent de génération en génération.

Trois voies, trois dates

La Qadiriyya est la plus ancienne. Elle se rattache à un maître de Bagdad du XIIe siècle et s’implante au Sahara puis au Sahel bien avant les autres. On la retrouve en Mauritanie, au Mali, au nord du Nigeria.

La Tijaniyya est fondée à la fin du XVIIIe siècle au Maghreb, et son fondateur est enterré à Fès. Elle gagne l’Afrique de l’Ouest au XIXe siècle, portée par un lettré toucouleur dont le parcours a marqué toute la vallée du fleuve Sénégal. C’est aujourd’hui la confrérie la plus nombreuse de la région.

Le mouridisme est le plus récent et le seul né sur place. Son fondateur, originaire du Baol, au Sénégal, entame son enseignement dans les années 1880 ; déporté au Gabon puis assigné à résidence par l’administration coloniale, il fonde la ville de Touba. Le grand rassemblement annuel qui s’y tient compte parmi les plus importants du continent.

Le vocabulaire qui en vient

  • Marabout : dans ce cadre, le guide reconnu, pas le devin.
  • Taalibe : le disciple, de l’arabe « celui qui cherche ».
  • Baraka : la bénédiction attachée à une personne, un lieu ou un objet, et qui se transmet par contact.
  • Wird : la litanie reçue à l’entrée dans la voie.

Le point de contact avec les annonces

Les maîtres de ces confréries écrivent aussi, à la demande, des textes de protection : versets copiés, carrés de lettres, formules, pliés et cousus dans du cuir — ce sont les gris-gris au sens le plus strict du terme. C’est une activité ancienne et documentée, qui relie directement le lettré de village à ce qui se propose aujourd’hui en ville. Le reste du vocabulaire des tracts, lui, ne vient pas de là.

Ces confréries ont-elles une position sur la divination ?

Les positions varient d’un maître à l’autre et d’une voie à l’autre, et elles se discutent en interne. Les textes de référence du soufisme portent sur la relation au maître et sur la récitation, pas sur la consultation divinatoire.

Qu’est-ce que la baraka exactement ?

Le mot arabe signifie « bénédiction ». Dans l’usage ouest-africain, il désigne une qualité attachée à une personne ou à un lieu, et que le contact transmet — d’où les visites aux tombeaux et la valeur attribuée aux objets touchés par un maître.

Où lire sur ces confréries ?

Les travaux d’histoire de l’islam ouest-africain, nombreux depuis les années 1970, sont la source la mieux documentée. Les sites des confréries elles-mêmes donnent les dates et les chaînes de transmission telles qu’elles les présentent.

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