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Traditions et croyances

La roqya dans les textes

Quels versets, quelles sources, quelles conditions : ce que les recueils de hadiths et les juristes disent de la roqya, et ce qui fait débat.

Entrée du temple des pythons, à Ouidah au Bénin

Photographie : Ji-Elle, CC BY-SA 4.0

Ruqya désigne une récitation faite sur une personne. Le mot est ancien, les textes qui l’encadrent sont identifiables, et c’est l’un des rares sujets de ce site où la source se cite ligne à ligne.

Les sources

La pratique est rapportée dans les grands recueils de hadiths, réunis au IXe siècle. L’un des récits les plus souvent cités met en scène un compagnon qui récite la première sourate sur un homme mordu, puis interroge le Prophète sur la rétribution qu’il a reçue pour cela. C’est de ce récit que viennent à la fois la légitimité de la pratique et la discussion sur le paiement.

Les textes récités

Quatre reviennent dans toutes les descriptions :

  • al-Fātiḥa, la première sourate ;
  • le verset du Trône, verset 255 de la deuxième sourate ;
  • les deux dernières sourates du Coran, appelées ensemble al-muʿawwidhatān, « les deux qui font chercher refuge ».

S’y ajoutent des invocations attribuées au Prophète, courtes et transmises avec leur chaîne de rapporteurs.

Les trois conditions classiques

Les juristes résument de longue date ce qui rend une récitation admissible : qu’elle emploie la parole de Dieu ou des invocations attestées ; qu’elle soit en langue intelligible, c’est-à-dire que celui qui récite comprenne ce qu’il dit ; et qu’on ne lui attribue pas d’effet par elle-même, indépendamment de Dieu. Ces trois conditions sont citées à peu près dans les mêmes termes par les auteurs anciens.

Ce qui fait débat

Deux points surtout : l’écrit, c’est-à-dire les versets copiés et portés sur soi sous forme de talisman, admis par les uns et refusé par les autres ; et la rémunération, discutée à partir du récit mentionné plus haut, dont les lectures divergent. Ces désaccords sont anciens et internes, et on les trouve exposés dans les traités de droit comme dans les débats contemporains.

Aujourd’hui

Des cabinets proposent des séances en Europe, et la question de leur encadrement revient régulièrement. Je m’en tiens ici au texte : ce qui est écrit, par qui, et à quelle date. Sur ce qu’une séance produit, aucune des sources que je cite ne porte sur la question, et ce site non plus.

Roqya et désenvoûtement sont-ils la même chose ?

Non. La roqya est une récitation inscrite dans un cadre textuel musulman précis. Le désenvoûtement est un terme français générique, employé pour des pratiques venues de traditions très diverses. Les deux mots se croisent dans les annonces, pas dans les textes.

Qu’est-ce que la roqya charia ?

L’expression — ruqya charʿiyya — désigne la récitation conforme aux trois conditions rappelées plus haut, par opposition aux pratiques que les juristes écartent. C’est une catégorie normative interne, utilisée pour trancher.

Faut-il un spécialiste ?

Les textes rapportés décrivent aussi des récitations faites par la personne elle-même ou par un proche. La figure du spécialiste rémunéré n’est pas celle des récits anciens, et c’est l’un des points sur lesquels les avis divergent.

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