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Médium voyant sérieux Les mots, les traditions, les lieux

Le métier et ses mots

Les noms du devin en Afrique de l’Ouest

Babalawo, bokono, serigne, karamoko, soma, fqih : six mots, six fonctions distinctes, qu'aucun terme français ne traduit sans perte.

Double page d'un manuscrit de Tombouctou, tables et cercles tracés

Photographie : Manuscrits de Tombouctou, photographie Elias Altmimi, Domaine public

Le français n’a qu’un petit nombre de mots pour ce que les langues de la région distinguent soigneusement. Voici les principaux, avec ce que chacun désigne et dans quelle aire on l’entend.

Golfe de Guinée

Babaláwo — yoruba, Nigeria et Bénin. Littéralement « père du secret ». Il s’agit du prêtre d’Ifá, formé pendant des années à un corpus de vers qu’il faut savoir par cœur. La fonction est religieuse, divinatoire et thérapeutique à la fois.

Bokɔnɔ — fon, sud du Bénin. L’équivalent dans l’aire fon, pour le Fa. Le mot désigne le spécialiste de la consultation, distinct du prêtre d’un vodun particulier, qui porte un autre nom.

Sénégambie

Sëriñ, francisé en serigne — wolof. Le maître religieux, guide d’une communauté, enseignant, et souvent auteur des écrits de protection. Son disciple est le taalibe, de l’arabe ṭālib, « celui qui cherche ».

Aire mandingue

Karamɔgɔ, francisé en karamoko — bambara, malinké, dioula. Le lettré, le maître d’école coranique. Les spécialistes rapprochent le premier élément du mot arabe pour « lecteur », mais l’étymologie reste discutée.

Soma — bambara. Le devin-guérisseur des pratiques anciennes, qui n’est pas un lettré musulman et dont la formation suit une autre voie. Dans la même langue, jinatigi désigne littéralement le « maître de djinn ».

Maghreb

Fqih — arabe dialectal, Maroc et Algérie. À l’origine le juriste, le savant en droit musulman ; dans l’usage courant, celui qui enseigne le Coran au village et qui écrit des protections. Chouwafa, formé sur le verbe « voir », désigne une voyante, fonction le plus souvent féminine.

Ce que la liste montre

Trois lignes de partage apparaissent : le lettré musulman et le praticien des cultes anciens relèvent de vocabulaires différents ; la divination à corpus, qui s’apprend par cœur, se distingue de la consultation libre ; et plusieurs de ces fonctions sont transmises dans des familles précises, ce qui n’est le cas d’aucune autre.

Un mot français unique écrase ces trois partages d’un coup. C’est pourquoi les pages d’ici gardent le terme local quand elles l’ont, et donnent la langue entre parenthèses.

Ces fonctions sont-elles exclusivement masculines ?

Non. Les prêtrises du golfe de Guinée comptent beaucoup de femmes, et au Maghreb la voyance est largement une affaire de femmes. Ce sont surtout les fonctions lettrées, liées à l’école coranique, qui sont masculines dans la plupart des régions.

Comment s’écrivent ces mots ?

Les graphies varient selon qu’on suit l’orthographe officielle de la langue, une transcription linguistique ou l’usage administratif francophone. Sëriñ et serigne, bokɔnɔ et bokono sont les mêmes mots.

Un même homme peut-il relever de deux catégories ?

Cela se rencontre, et les ethnographes le signalent souvent : un lettré musulman peut employer des savoirs plus anciens, et l’inverse existe aussi. La distinction est nette dans le vocabulaire, moins dans les parcours.

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