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Le métier et ses mots

Le métier de marabout en France

Permanences de quartier, consultations par téléphone, bouche-à-oreille : ce que les enquêtes de terrain décrivent de l'exercice en France.

Double page d'un manuscrit de Tombouctou, tables et cercles tracés

Photographie : Manuscrits de Tombouctou, photographie Elias Altmimi, Domaine public

L’exercice en France est documenté : des ethnographes l’ont décrit quartier par quartier depuis les années 1980. Voici ce que ces travaux rapportent, sans rien y ajouter.

Une présence liée aux migrations

Les premières installations durables accompagnent les migrations ouest-africaines et maghrébines des années 1960 et 1970. Les praticiens s’installent d’abord là où vivent leurs premiers consultants, dans les quartiers d’immigration des grandes villes et de leur périphérie.

Les lieux

Trois formes se rencontrent dans les enquêtes :

  • la consultation au domicile du praticien, dans une pièce réservée ;
  • la permanence dans un local partagé avec un commerce ;
  • la tournée, le praticien se déplaçant entre plusieurs villes selon un calendrier connu de sa clientèle.

Depuis les années 2000, la consultation à distance, par téléphone puis par messagerie, s’ajoute aux trois sans les remplacer. Dans les trois cas, la prise de contact passe par le bouche-à-oreille et par les tracts, dont la langue des annonces est remarquablement constante.

La clientèle

Le point le plus régulièrement souligné par les enquêtes est qu’elle n’est pas uniquement issue de l’immigration. Les relevés font état d’une clientèle socialement et géographiquement variée, et d’une part importante de consultations portant sur le travail, les papiers et la justice, et non sur l’amour seul.

Le cadre

Aucun diplôme n’est requis, aucun titre n’est protégé, aucun ordre n’existe. L’activité est économique et se déclare comme telle ; la nomenclature de l’Insee la range avec les autres services personnels non classés ailleurs. Quand des poursuites ont lieu, elles portent sur l’escroquerie ou l’abus de faiblesse, et non sur la nature de la prestation, qui n’est pas en elle-même une infraction depuis la réforme du code pénal entrée en vigueur en 1994.

La transmission

Les praticiens interrogés se réclament de trois filiations : une formation en école coranique, une transmission familiale, ou un apprentissage auprès d’un maître au pays, parfois avec des retours réguliers. Les trois discours se retrouvent dans les mêmes villes, et ils ne se contredisent pas nécessairement.

Ce que ces travaux ne disent pas

Ils décrivent des pratiques, des lieux et des paroles ; ils ne se prononcent pas sur les effets, et ce n’est pas leur objet. Sur ce point, je ne peux pas aller plus loin qu’eux.

Combien de praticiens exercent en France ?

Aucun chiffre fiable n’existe, pour une raison simple : il n’y a ni registre ni titre, et une partie de l’activité est occasionnelle. Les estimations qui circulent dans la presse ne s’appuient sur aucune source vérifiable.

Les tracts sont-ils autorisés ?

La distribution d’imprimés sur la voie publique relève des règlements municipaux, qui varient d’une commune à l’autre, et le contenu relève du droit de la consommation comme toute publicité.

Où lire ces enquêtes ?

Dans les revues d’anthropologie et de sociologie des religions, et dans quelques ouvrages de synthèse disponibles en bibliothèque universitaire. Les articles les plus anciens sont souvent accessibles en ligne.

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