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Médium voyant sérieux Les mots, les traditions, les lieux

Le métier et ses mots

La langue des annonces

Superlatifs empilés, liste de problèmes en colonne, numéro en gras : le tract de marabout suit une grammaire stable, qu'on peut décrire ligne à ligne.

Double page d'un manuscrit de Tombouctou, tables et cercles tracés

Photographie : Manuscrits de Tombouctou, photographie Elias Altmimi, Domaine public

Les tracts glissés sous les essuie-glaces, les encarts de presse gratuite et les pages d’annonces emploient une langue remarquablement stable. On peut en décrire la grammaire comme on décrirait celle d’un formulaire.

Le titre

Il empile des qualificatifs venus de trois registres : un titre honorifique (grand, professeur, maître), un terme de tradition (marabout, voyant), et un mot du spiritisme européen du XIXe siècle (médium). Aucune tradition n’emploie les trois ensemble : l’empilement appartient en propre au support publicitaire.

La liste

Vient ensuite une colonne de domaines, presque toujours dans le même ordre : amour, travail, examens, justice, chance, protection, santé. L’ordre n’est pas indifférent — il suit celui des motifs de consultation les plus fréquents relevés par les enquêtes de terrain.

Les formules de garantie

Trois reviennent partout :

  • « Travail sérieux » — travail désigne l’intervention elle-même, par un calque d’usages ouest-africains où le même mot sert ; sérieux s’oppose à l’annonceur injoignable.
  • « Résultat rapide », parfois chiffré en heures ou en jours — une promesse de délai, formulée faute de pouvoir formuler autre chose.
  • « Payable après résultat » — une clause de paiement, dont la portée dépend entièrement de ce qui est écrit à côté.

La mise en page

Le numéro de téléphone est l’élément le plus gros de la page ; il est souvent répété deux fois. L’adresse, quand elle existe, est en bas en petits caractères. Le texte est centré, encadré d’un filet, et la police grasse domine. Cette composition est reprise d’un annonceur à l’autre, parfois par le même imprimeur.

Ce qui a changé avec le web

Le passage en ligne a conservé le vocabulaire et modifié la structure : la liste de domaines devient un menu, les formules de garantie deviennent des titres de section, et le numéro devient un bouton. Le fond lexical, lui, n’a pas bougé depuis les annonces de presse des années 1980.

Un repère de lecture

Les allégations de résultat relèvent, en France, du droit de la consommation sur les pratiques commerciales trompeuses — c’est un fait de droit, pas un jugement sur les annonceurs. Pour le reste, je ne peux pas dire ce qu’il advient d’une promesse : ce site lit des textes, il ne suit pas de dossiers.

Ces tracts ont-ils été étudiés ?

Oui, par des ethnographes et des linguistes qui les ont collectés par quartiers et comparés sur plusieurs années. Ce sont des sources accessibles, et elles décrivent un corpus bien plus homogène qu’on ne le croit.

Pourquoi autant de superlatifs ?

Parce que le support ne permet aucune preuve : il ne reste que l’affirmation. Les mêmes mécanismes se retrouvent dans d’autres annonces où rien n’est vérifiable sur le papier.

La formule « travail à distance » veut-elle dire quelque chose de précis ?

Dans la langue des annonces, elle signifie que la consultation se fait par téléphone ou par messagerie, sans déplacement. C’est une modalité pratique, et elle s’est généralisée avec le téléphone mobile.

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