Aller au texte de la page

Médium voyant sérieux Les mots, les traditions, les lieux

Retour affectif et amour

D’où vient l’expression « retour affectif »

Ni arabe, ni wolof, ni fon : la formule n'apparaît dans aucune tradition. C'est une tournure de petite annonce française, et elle se date.

Fosses de teinture à l'indigo de Kofar Mata, à Kano

Photographie : Solasly, CC BY-SA 4.0

L’expression est partout dans les annonces francophones et nulle part ailleurs. Elle ne figure dans aucun texte de tradition, ne traduit aucun terme arabe ni ouest-africain, et n’apparaît dans les dictionnaires généraux ni comme locution ni comme entrée.

Comment elle est construite

Deux éléments de registres opposés. Retour appartient au vocabulaire courant et décrit un mouvement concret : revenir au point de départ. Affectif est un adjectif savant, venu du vocabulaire de la psychologie, répandu en français au cours du XXe siècle. L’accolement des deux produit une formule qui sonne technique sans l’être.

Ce qu’on disait avant

Les formulations anciennes sont directes et verbales : faire revenir, ramener, rappeler. On les trouve dans les recueils de secrets imprimés et dans les relevés de folkloristes, où l’on cherche par exemple à rendre un homme amoureux, sans que la chose porte jamais de nom de prestation. Le passage d’un verbe à un substantif abstrait est caractéristique du langage commercial, qui a besoin d’un nom pour désigner une prestation.

Les variantes

  • « Retour de l’être aimé » — la plus ancienne des trois dans les annonces de presse.
  • « Retour d’affection » — la même idée, avec un substantif à la place de l’adjectif.
  • « Retour affectif » — la forme la plus courte, et celle qui s’est imposée en ligne.
  • « Retour définitif » — une variante d’insistance, qui ajoute une promesse de durée à la promesse de retour.

La concurrence entre ces trois formes se lit directement dans les corpus d’annonces : la plus brève gagne, parce qu’elle tient dans un titre.

Et dans les autres langues

L’anglais des annonces équivalentes construit autrement, avec un verbe : bring back. L’arabe dialectal et les langues ouest-africaines emploient des tournures verbales elles aussi. Le substantif abstrait est une particularité française, et il tient probablement à l’habitude des rubriques de petites annonces, où chaque ligne coûte.

Ce qu’on peut en conclure

Qu’une page qui présente le retour affectif comme une pratique « ancestrale » se trompe au moins sur le mot : il a tout au plus quelques décennies. Sur les gestes que recouvre l’expression, c’est une autre question, et elle demande de remonter aux sources qui les décrivent, sous leurs noms à elles.

L’expression a-t-elle un sens juridique ?

Aucun. Elle n’appartient à aucune nomenclature officielle, ni commerciale, ni fiscale, ni juridique. C’est une formule de catalogue.

Depuis quand la trouve-t-on ?

Les relevés d’annonces la font apparaître dans les dernières décennies du XXe siècle, après les formes plus longues. Sa généralisation accompagne le passage des annonces papier aux services téléphoniques puis au web.

Existe-t-il un mot de tradition pour la même chose ?

Il existe des termes pour des opérations de rapprochement ou d’attachement dans plusieurs langues, mais aucun ne se laisse traduire par cette expression-là, qui est une création commerciale française.